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Abdallah CHAKROUN nous a quittés

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Le 16 novembre 2017 restera une date triste pour le monde du théâtre et le secteur des médias nationaux et internationaux. La grande famille des artistes marocains et arabes et à leur tête, l’épouse du défunt, l’illustre comédienne Mme Amina Rachid,  ainsi que l’ensemble des académiciens et professionnels de l’audiovisuel sont aujourd’hui en deuil. Abdallah CHAKROUN vient de nous quitter à l’âge de 91 ans en laissant derrière lui un legs intellectuel, artistique et culturel immense ; des pièces de théâtre par centaines, une soixantaine de livres[1] sur le théâtre, la radio, la télévision, les droits d’auteurs et l’histoire des villes et des personnes. Toute sa vie il l’a consacrée au théâtre et aux médias, en plus des nombreux postes de responsabilité. Fils de Salé, feu Abdallah CHAKROUN a débuté sa carrière à Radio Maroc, juste après l’obtention d’une licence en littérature auprès de la faculté française d’Alger. Il entamma son parcours exceptionnel en tant que journaliste. Sa maîtrise de la langue française l’aida à occuper respectivement les postes de traducteurs, speaker, rédacteur et rédacteur en chef au sein de ladite radio. Puis, progressivement on lui confia des responsabilités de plus en plus importantes, au sein de la radio et la télévision nationales mais aussi comme secrétaire général de  l’Union des Radiodiffusion et télévisions arabes. Abdallah CHAKROUN reste incontestablement le fonctionnaire marocain de la RTM qui a le plus occupé de postes de grande importance.

Le passage de Abdallah CHAKROUN, au sein du média national a été marqué par une activité professionnelle assez exceptionnelle, dont une grande partie fut consacrée au théâtre. Après un brillant passage au sein de ce qui pourrait être l’équivalent du département de l’information, il s’est vu confié la direction de la troupe arabe de théâtre radiophonique, créée en 1947, à la suite d’une suggestion de la part du directeur français de Radio Maroc.  Mais Abdallah CHEKROUN ne s’est pas  contenté de diriger une troupe de comédiens amateurs, il voulut devenir un vrai metteur en scène, capable de donner aux auditeurs marocains un spectacle artistique professionnel. Alors il dut partir – sur ses frais – en France et s’inscrire au Cours Simon d’arts dramatiques, à Paris. A son retour au pays, il devint, en 1950, le premier dramaturge et metteur en scène d’une troupe arabe de théâtre radiophonique, entièrement constituée de comédiens solicités et entrainés pour cette raison. A. CHAKROUN a gardé ce poste j’usqu’en 1963, l’année où il prit la direction des services de la télévision nationale, inauguré une année auparavant. Dans ses nombreuses biographies[2] consacrées au théâtre, l’auteur relate avec beaucoup de détails les péripéties d’une existence où le théâtre avait pris une place de choix.

Feu Abdallah CHAKROUN fut par ailleurs un fervent défenseur des langues nationales au sein de Radio Maroc.  Il avait lutté – longtemps et sans relache – pour que l’arabe, la darija et les langues amazighes soient des canaux de diffusion de contenus radiophoniques nationaux. Radio Maroc, faut-il le rappelait, a été créée par les français, en avril 1928, pour servir – avant tout – les intérêts économiques des colons pour encourager ces derniers à s’installer au Maroc. A l’époque, cette jeune radio franco-marocaine, consacrait une masse horaire énorme aux programmes francophones. Ceci a conduit Abdallah CHAKROUN, à militer pour que cette radio diffuse de plus en plus démissions et de bulletins d’information dans les langues nationales, « je protestais et dénoçais souvent les formes de segrégations  raciales dans la pratique professionnelle au sein de Radio Maroc. Je n’acceptais pas que les français jouissent de bonnes conditions de travail et que  les colons suivent de bons programmes radiophoniques  alors que nous les salariés marocains et avec nous l’ensemble des auditeurs nationaux étions contraints de travailler peu ou de suivre des programmes dans la langue du colonisateur. Je n’avais pas de responsabilité, et je savais bien que notre pays était sous protectorat français. Cela ne m’a pas empêché pour autant de réclamer nos droits. », me confia Abdallah CHAKROUN lors d’une interview exclusive réalisée le 18 novembre 2014. Après l’indépendance, feu Abdallah CHAKROUN a étendu sa militance aux droits des travailleurs de la RTM à l’obtention d’un statut fonctionnaire de l’Etat au sein d’une institution de l’Etat. La lutte syndicale aboutit en  1971 et pour la première fois au Maroc indépendant à la promulgation d’une loi définissant clairement les statuts des fonctionnaires de la Radiodiffusion et Télévision Marocaine . « Par rapport  aux circonstances d’alors et eu égard aux conditions de travail antérieures à cette date, cette réforme fut considérée, à l’époque, comme la solution la plus appropriée et le traitement le plus efficace jamais appliqué à un mal chronique vieux de plus de quarante ans. » En parallèle à sa lutte en faveur du média national et ses fonctionnaires, Abdallah CHAKROUN consacra une bonne partie de son temps d’écriture à une autre forme de revendications,concernant cette fois la lutte pour les droits d’auteurs.

Dans deux jours, cet entretien accordé par feu Abdallah CHAKROUN aura bouclé trois ans jour pour jour. Il me reçut chez lui à Rabat et accepta d’enregistrer l’intégralité de l’entretien[3]. Beaucoup de sujets ont été abordés sur l’histoire de la radio nationale.  Je retiens de cette rencontre historique, l’image d’un homme débordant de bonté et de générosité, disponible et ouvert, plein de respect pour ses collègues et fier d’avoir servi la radio et la télévision nationales et à travers elles, son pays qu’il aima toute sa vie, comme rien d’autre au monde.

En reconnaissance à la grande générosité de cet homme exceptionnel, je présente mes sincères condoléances à la petite famille de Mme Amina Rachid et tous les parents et amis du défunt. Nous sommes à Dieu et à lui nous retournons.

[1] Feu Abdallah CHAKROUN me fit cadeau d’une douzaine de livres, en arabe et en français, sur différents sujets.

[2] « Réflexions sur l’audioviduel et le théâtre » ; « Le théâtre arabe … et le Maroc » ; « حياة في المسرح » ; « سنوات في كتابة المسرحيات و التمثيليات » ; « أعمال إبداعية » ; …

[3] Un extrait de la rencontre sur le lien suivant : https://www.facebook.com/1012729565426119/videos/1311593432206396/

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